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Crise de panique au travail : le protocole étape par étape

Ça arrive sans prévenir. Un collaborateur qui semblait aller bien se met à respirer de façon saccadée, les mains qui tremblent, le teint blême, incapable de parler normalement. Ou une collègue qui sort précipitamment d'une réunion, s'effondre dans le couloir, convaincue qu'elle fait un infarctus. Les personnes autour ne savent pas quoi faire. Certains appellent le 15. D'autres restent paralysés. D'autres encore aggravent involontairement la situation en disant des choses bien intentionnées mais contre-productives.

La crise de panique au travail est plus fréquente qu'on ne le croit. Elle touche des personnes de tous les profils, dans tous les secteurs, et elle peut survenir à n'importe quel moment, y compris chez quelqu'un qui n'en a jamais fait auparavant. Savoir comment réagir fait une différence réelle, à la fois pour la personne en crise et pour ceux qui l'entourent.

Cet article vous donne le protocole concret, étape par étape, pour intervenir de façon utile et sécurisée.

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Ce qu'est une crise de panique : comprendre pour mieux réagir

Une crise de panique, appelée aussi attaque de panique, est une montée brutale d'anxiété intense qui atteint son pic en quelques minutes. Elle s'accompagne de symptômes physiques très intenses qui peuvent faire croire à la personne qu'elle est en train de mourir, de perdre la raison ou de perdre le contrôle de son corps.

Les symptômes les plus fréquents sont les suivants : palpitations cardiaques ou accélération du rythme cardiaque, essoufflement ou sensation d'étouffement, tremblements, transpiration soudaine, nausées, vertiges, engourdissements ou fourmillements dans les extrémités, et une sensation de déréalisation, comme si la personne regardait la scène de l'extérieur.

Ce qui est fondamental à comprendre : une crise de panique n'est pas dangereuse physiquement. Elle ne provoque pas d'infarctus, elle ne conduit pas à la perte de conscience, elle ne rend pas fou. Le danger vient de la peur de la crise elle-même, qui alimente et prolonge les symptômes. C'est pourquoi la façon dont l'entourage réagit a un impact direct sur la durée et l'intensité de la crise.

Une crise dure en général entre 10 et 30 minutes. Elle se résout d'elle-même dans la grande majorité des cas, sans intervention médicale, si l'environnement est sécurisant.

Ce qu'il faut faire : le protocole étape par étape

Étape 1 : rester calme et s'approcher posément

Votre état émotionnel se transmet à la personne en crise. Si vous paniquez à votre tour, si vous courez chercher de l'aide en criant, si vous exprimez de l'inquiétude sur votre visage, vous amplifiez sa peur. La première chose à faire est de prendre une respiration, de baisser votre propre rythme, et de vous approcher de façon calme et déterminée.

Avant de vous approcher, demandez brièvement si vous pouvez vous asseoir près d'elle ou lui prendre la main. Certaines personnes en crise ont besoin de contact physique, d'autres le vivent comme une intrusion. Ne présumez pas.

Étape 2 : lui parler avec une voix basse et posée

Le ton de voix compte autant que les mots. Une voix lente, basse et posée a un effet régulateur réel sur le système nerveux. Vous n'avez pas besoin de dire des choses sophistiquées. L'essentiel est de nommer ce qui se passe sans dramatiser, et de rassurer sur le fait que c'est temporaire.

Des formulations utiles : "je suis là avec toi", "ce que tu ressens est très intense mais ça va passer", "tu n'es pas en danger", "on est ensemble, je reste avec toi". Évitez les formulations interrogatives à répétition ("ça va ? tu veux que j'appelle quelqu'un ? tu as mal quelque part ?") qui surchargent la personne à un moment où elle n'a pas les ressources pour traiter les informations.

Étape 3 : l'aider à réguler sa respiration

L'hyperventilation, c'est-à-dire une respiration trop rapide et trop superficielle, est l'un des mécanismes qui alimentent et prolongent la crise de panique. Aider la personne à ralentir sa respiration est l'une des interventions les plus efficaces à ce stade.

Une technique simple : proposez-lui de respirer avec vous. Inspirez lentement en comptant jusqu'à 4, retenez brièvement, expirez lentement en comptant jusqu'à 6. Faites-le vous-même à voix haute pour qu'elle puisse vous suivre. Ne forcez pas, proposez. Si elle n'est pas en état de suivre, continuez à respirer calmement à côté d'elle : ça a quand même un effet de régulation par mimétisme.

Étape 4 : l'ancrer dans le moment présent

Pendant une crise de panique, la personne est souvent déconnectée de son environnement immédiat, emportée par les sensations physiques et les pensées catastrophiques. L'aider à revenir dans le moment présent, par des stimulations sensorielles simples, peut raccourcir la durée de la crise.

Vous pouvez lui demander de nommer ce qu'elle voit autour d'elle : "est-ce que tu peux me dire 5 choses que tu vois dans la pièce ?" Ou de sentir un objet, de poser les pieds à plat sur le sol et de sentir leur poids, de tenir quelque chose de froid ou de chaud dans les mains. Ces techniques d'ancrage sensoriel sont simples, ne nécessitent aucun matériel et fonctionnent bien si la personne est en état de les suivre.

Étape 5 : ne pas la laisser seule avant que la crise soit passée

Restez avec la personne jusqu'à ce que les symptômes se soient dissipés et qu'elle soit en état de communiquer normalement. Une fois la crise passée, elle sera probablement épuisée, parfois gênée ou honteuse. C'est le moment d'être présent sans faire de la crise un événement dramatique : "tu as l'air d'aller mieux, prends le temps qu'il te faut".

Proposez-lui de s'asseoir dans un endroit calme, de boire de l'eau, et demandez-lui si elle souhaite contacter quelqu'un ou être accompagnée chez le médecin du travail. Ne décidez pas à sa place.

Ce qu'il ne faut pas faire : les erreurs qui aggravent

Plusieurs réactions instinctives et bien intentionnées aggravent systématiquement la situation.

Lui dire "calme-toi" ou "c'est dans ta tête". La personne ne choisit pas de faire une crise. Lui dire de se calmer revient à lui dire de contrôler quelque chose qui échappe précisément à son contrôle. "C'est dans ta tête" est vécu comme une invalidation de ce qu'elle ressent, alors que les symptômes physiques sont bien réels.

Lui faire respirer dans un sac. Cette technique est contre-indiquée. Elle peut aggraver certains symptômes et ne présente pas de bénéfice démontré dans les crises de panique. La bonne approche est de ralentir la respiration, pas de modifier la composition de l'air inspiré.

Rassembler du monde autour d'elle. Une crise de panique en open space attire souvent les regards. Le mieux est d'écarter discrètement les autres et de créer un espace calme autour de la personne. La présence de plusieurs personnes qui observent amplifie le sentiment de perte de contrôle.

Appeler le 15 systématiquement. Si c'est une première crise et que vous n'êtes pas sûr qu'il s'agit d'une crise de panique et non d'un problème cardiaque, appeler le 15 est justifié. Mais si la personne a déjà fait des crises et que le tableau est reconnaissable, le recours aux urgences n'est généralement pas nécessaire et peut aggraver l'anxiété.

La forcer à sortir ou à changer d'endroit. Si la personne est assise ou à terre et que l'endroit est sécurisé, il vaut mieux rester sur place. La faire marcher ou changer d'environnement de force peut interrompre le processus naturel de régulation.

Après la crise : ce qui se passe et quoi faire

Une fois la crise passée, il est important de ne pas faire comme si rien ne s'était passé, mais aussi de ne pas transformer l'événement en sujet de conversation de bureau. L'idéal est d'avoir un échange bref et privé avec la personne pour vous assurer qu'elle va bien et lui proposer un suivi.

Si c'est une première crise, encouragez-la à consulter un médecin dans les jours qui suivent. Une attaque de panique isolée ne préjuge pas d'un trouble anxieux, mais elle mérite une évaluation médicale, notamment pour écarter des causes physiques et pour poser un cadre si d'autres crises devaient survenir.

Si la personne fait des crises régulièrement, encouragez-la à partager avec vous ou avec les RH les informations utiles pour l'aider lors des prochains épisodes : qu'est-ce qui aide, qu'est-ce qui aggrave, y a-t-il des déclencheurs identifiés. Ces informations permettent d'intervenir de façon encore plus adaptée.

Pourquoi se former plutôt que s'en remettre à l'instinct

Face à une crise de panique, l'instinct conduit souvent aux erreurs décrites plus haut. Pas par mauvaise volonté, mais parce que les réactions naturelles face à quelqu'un qui souffre intensément, rassurer à tout prix, agir, chercher une solution immédiate, sont précisément celles qui aggravent une crise anxieuse.

La formation aux Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM) consacre un module entier aux crises anxieuses, dont les attaques de panique et les réactions de stress aigu post-traumatique. Les participants s'entraînent sur des situations simulées, avec un formateur qui débrieffe chaque intervention. On n'improvise pas face à une crise de panique : on applique un protocole qu'on a répété.

Des sessions sont organisées régulièrement en Île-de-France, à Moissy-Cramayel (77), à Corbeil-Essonnes (91) et à Roissy-en-France (95). Des sessions intra sont également possibles dans vos locaux, avec des mises en situation adaptées à votre contexte professionnel.

Ce qu'il faut retenir

Une crise de panique au travail n'est pas une urgence médicale dans la grande majorité des cas, mais elle nécessite une intervention adaptée pour ne pas s'aggraver. Rester calme, parler posément, aider à réguler la respiration, ancrer la personne dans le présent et rester avec elle : ce sont les cinq piliers d'une intervention utile.

Ce protocole s'apprend. Il se pratique. Et une fois acquis, il reste disponible quand on en a besoin, sans avoir à improviser sous pression.

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