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Santé mentale au travail : comment réagir face à un collègue en détresse ?

Un collègue qui arrive de plus en plus tôt et repart de plus en plus tard, mais dont le travail se dégrade. Une collaboratrice qui s'est coupée progressivement des déjeuners collectifs, qui répond par monosyllabes, qui a l'air absente même quand elle est là. Un manager qui fait une réflexion étrange en fin de réunion, quelque chose qui vous reste en tête après coup. Ces situations arrivent dans toutes les entreprises, dans tous les secteurs. Et la plupart du temps, les collègues qui les vivent ne savent pas quoi faire.

Pas par manque de bienveillance. Par manque de repères.

Cet article vous donne un cadre concret pour comprendre ce qui se passe, comment approcher la personne sans aggraver la situation, et vers qui la diriger ensuite.

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Pourquoi c'est si difficile de réagir

La première difficulté, c'est la détection. La détresse psychologique ne ressemble pas à une cheville foulée. Elle ne se voit pas d'emblée, elle ne produit pas de signal d'alarme évident. Elle s'installe progressivement, souvent masquée derrière des comportements que l'entourage interprète autrement : "il est fatigué", "elle traverse une période compliquée", "il a toujours été un peu taciturne".

La deuxième difficulté, c'est la peur de mal faire. Beaucoup de gens hésitent à aborder le sujet par crainte d'aggraver la situation, de dire quelque chose de maladroit, de violer la vie privée de la personne, ou tout simplement de se retrouver dépassés par ce qu'ils vont entendre. Cette crainte est compréhensible. Et elle est en partie fondée : une intervention maladroite peut effectivement compliquer les choses.

Mais ne rien faire a aussi ses conséquences. Une détresse non prise en charge s'aggrave presque toujours. Et la personne en souffrance, qui perçoit souvent que son entourage "voit" mais ne dit rien, peut interpréter ce silence comme de l'indifférence.

La bonne nouvelle : il existe une méthode. Elle s'apprend. Et elle ne demande aucune compétence médicale.

Les signaux à repérer : ce que disent les comportements

Les signaux de détresse psychologique se classent en trois grandes catégories. Aucun signal pris isolément ne suffit à tirer des conclusions : c'est la combinaison et l'évolution dans le temps qui comptent.

Les changements de comportement

Ce sont souvent les premiers visibles. Un salarié habituellement ponctuel qui commence à accumuler les retards ou les absences. Quelqu'un de jovial qui devient irritable ou distant. Une personne investie qui se met à bâcler son travail ou à rater des délais qu'elle tenait sans difficulté. Ces changements par rapport à la "normale" de la personne sont des indicateurs plus fiables que les comportements en valeur absolue : quelqu'un peut être naturellement réservé sans être en détresse.

Les signaux verbaux

Certaines formulations méritent attention : "je ne vois pas comment je vais m'en sortir", "tout le monde serait mieux sans moi", "j'en peux plus, vraiment plus", "à quoi ça sert". Ces phrases peuvent être dites sur le ton de la boutade, en passant, dans un couloir. Ce n'est pas parce qu'elles sont dites légèrement qu'elles doivent être entendues légèrement. Les personnes qui expriment des idées suicidaires le font souvent de façon indirecte avant de le dire clairement : parfois parce qu'elles testent la réaction de l'autre.

Les signaux physiques et de présence

Fatigue visiblement excessive, troubles du sommeil mentionnés en conversation, prise ou perte de poids notable, plaintes somatiques répétées (maux de tête, douleurs diffuses). Une présence physique au bureau qui ne rime plus avec présence mentale. Des oublis inhabituels, des difficultés de concentration dans une personne habituellement efficace.

Comment approcher la personne : ce qui aide et ce qui aggrave

Une fois qu'on a identifié des signaux préoccupants, vient la question la plus concrète : comment on fait ? Voilà ce que les premiers secours en santé mentale enseignent sur l'approche initiale.

Choisir le bon moment et le bon endroit

Un couloir entre deux réunions n'est pas un bon endroit. Une conversation en tête-à-tête, dans un espace calme où la personne ne risque pas d'être interrompue, dans un moment où elle n'est pas en train de gérer une urgence, c'est nettement mieux. L'objectif n'est pas de coincer quelqu'un mais de créer les conditions d'un échange possible.

Ouvrir sans plaquer une interprétation

La formulation compte énormément. "Tu as l'air déprimé ces derniers temps" ferme plus qu'elle n'ouvre : la personne va se défendre ou minimiser. "J'ai remarqué que tu semblais moins dans ton assiette ces dernières semaines, je voulais prendre de tes nouvelles" est une entrée beaucoup plus douce. On observe, on s'interroge, on tend la main : sans diagnostiquer.

Écouter sans résoudre

Le réflexe naturel face à quelqu'un qui souffre est de vouloir trouver une solution. C'est souvent contre-productif à ce stade. Ce dont la personne a besoin en premier, c'est d'être entendue sans jugement. Ça veut dire écouter sans couper, sans minimiser ("tu verras ça va aller"), sans comparer ("moi aussi j'ai traversé des moments difficiles"), sans donner des conseils non sollicités. Juste être là, laisser la personne parler, reformuler pour montrer qu'on a compris.

Ne pas promettre de garder le secret

Si la personne vous demande de ne rien dire à personne, ne promettez pas. Vous ne savez pas encore ce qu'elle va vous confier. Si la situation s'avère grave : risque suicidaire, danger imminent : vous pourriez vous retrouver dans l'impossibilité de tenir cette promesse. Mieux vaut dire honnêtement : "Je ne peux pas te promettre ça sans savoir ce que tu vas me dire, mais ce que tu me dis restera entre nous dans la mesure du possible."

Quand la situation est grave : que faire face à un risque suicidaire

C'est la situation que tout le monde redoute et qui paralyse le plus. Pourtant, aborder directement le sujet ne crée pas le risque : c'est une idée reçue tenace et fausse. Poser la question clairement ("est-ce que tu as des pensées suicidaires ?") ne donne pas l'idée à quelqu'un qui n'y pense pas. En revanche, ça permet à quelqu'un qui y pense de se sentir autorisé à en parler.

Si la personne confirme qu'elle a des pensées suicidaires, votre rôle n'est pas de la prendre en charge seul. C'est d'être présent, de ne pas la laisser seule, et d'activer les bons relais :

  • Le 3114, numéro national de prévention du suicide, disponible 24h/24 et 7j/7. Les professionnels qui répondent peuvent vous conseiller en temps réel sur la conduite à tenir.
  • Le 15 (Samu) si la situation vous semble constituer une urgence vitale immédiate.
  • Le médecin du travail ou les ressources internes de l'entreprise (référent RPS, DRH) dans un second temps.

Ce que vous ne devez pas faire : laisser la personne seule, promettre de ne rien dire, minimiser ("tu n'as pas l'air si mal"), ou tenter de gérer la situation seul sans activer ces relais.

Après l'échange : ce qui se passe ensuite

Une conversation d'écoute n'est pas une solution en soi : c'est une porte ouverte. L'objectif est d'orienter la personne vers une aide professionnelle adaptée à sa situation : médecin généraliste, psychologue, psychiatre, service de médecine du travail, CMP (Centre Médico-Psychologique) de sa zone géographique.

Vous pouvez proposer de l'aider à faire le premier pas : prendre un rendez-vous, l'accompagner à la médecine du travail : mais sans forcer. L'autonomie de la personne doit être respectée. Ce que vous pouvez contrôler, c'est votre disponibilité : "je suis là si tu veux en reparler", "je prendrai de tes nouvelles dans quelques jours".

Pensez aussi à votre propre équilibre. Une conversation difficile peut laisser des traces. En parler à un référent RH ou à votre propre médecin si vous vous sentez affecté est tout à fait légitime.

Pourquoi la formation PSSM change concrètement la donne

Tout ce qui est décrit dans cet article s'apprend. La formation aux Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM) Module Standard transmet exactement ces compétences en 14 heures réparties sur deux jours : repérer les signaux, approcher sans brusquer, écouter activement, évaluer le niveau d'urgence, orienter vers les bons relais, protéger son propre équilibre.

Le principe est le même que pour le SST physique. On ne demande pas à un sauveteur secouriste du travail de remplacer le médecin : on lui demande d'agir de façon utile et sécurisée dans les premières minutes, avant l'arrivée des professionnels. Le PSSM applique la même logique aux urgences psychologiques.

Des sessions sont organisées régulièrement en Île-de-France, notamment à Moissy-Cramayel (77), à Corbeil-Essonnes (91) et à Roissy-en-France (95). Des sessions intra sont également possibles directement dans vos locaux, avec des cas pratiques adaptés à votre secteur.

Ce qu'il faut retenir

Face à un collègue en détresse, l'inaction n'est pas une option neutre. Ne rien faire a des conséquences. Mais bien faire ne demande pas d'être psychologue : ça demande d'avoir des repères.

Repérer les changements comportementaux. Ouvrir la conversation sans plaquer d'interprétation. Écouter sans chercher à résoudre. Orienter vers les professionnels adaptés. Ne pas rester seul avec une situation grave. Ce sont des réflexes qui s'apprennent, qui se pratiquent, et qui peuvent changer le cours des choses pour quelqu'un qui souffre en silence.

Si vous souhaitez équiper vos équipes de ces réflexes, la formation PSSM est le dispositif le plus complet et le plus actionnable disponible aujourd'hui pour les entreprises et les organisations.

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